Le Festival d’Avignon est né en 1947, autour de trois pièces et de la Cour d’honneur
Le début du Festival d’Avignon remonte à septembre 1947. Il ne s’agit pas encore du grand rendez-vous estival connu aujourd’hui, mais d’une Semaine d’art dramatique imaginée autour de Jean Vilar. En sept représentations, dans trois lieux de la ville, cette initiative pose les bases d’un projet ambitieux : sortir le théâtre de ses habitudes parisiennes et l’adresser à un public plus large.
1947 : une Semaine d’art dramatique avant le Festival d’Avignon
La première édition se déroule du 4 au 10 septembre 1947, dans une France encore marquée par l’après-guerre. Avignon accueille alors une exposition d’art moderne portée notamment par Christian Zervos et René Char. L’idée d’y associer du théâtre s’impose peu à peu. La ville offre un cadre singulier, tandis que l’époque appelle de nouvelles formes de diffusion culturelle.
Jean Vilar est invité à présenter Meurtre dans la cathédrale de T. S. Eliot dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Le projet initial ne peut aboutir, mais le metteur en scène propose un autre programme. Cette décision transforme une commande ponctuelle en expérience artistique autonome : la première Semaine d’art dramatique d’Avignon est née.
Des lieux patrimoniaux devenus espaces de scène
La Cour d’honneur du Palais des papes est le lieu le plus fortement associé aux débuts du festival. Ses murs, son ciel ouvert et ses vastes proportions modifient la perception du spectacle. Le théâtre ne se joue plus dans une salle fermée, face à une scène traditionnelle, mais dans un cadre monumental qui participe à la mise en scène.
La première semaine investit aussi le théâtre municipal et le verger d’Urbain V. Le choix de ces trois lieux montre que l’événement ne repose pas uniquement sur un décor prestigieux. Il fait dialoguer le répertoire, l’architecture et la ville. Avignon n’est pas un simple lieu d’accueil : elle devient une composante du projet théâtral.
Jean Vilar, un fondateur porté par l’idée de théâtre populaire
Réduire Jean Vilar au rôle d’organisateur serait insuffisant. Il donne aux débuts du Festival d’Avignon une orientation durable : proposer un théâtre exigeant sur le plan artistique, sans le réserver à un cercle d’initiés. Son ambition s’inscrit dans le mouvement de décentralisation culturelle, qui cherche à réduire la domination de Paris sur la vie théâtrale française.
L’histoire officielle du Festival d’Avignon — Découvrez les origines, les grandes étapes et les archives du Festival d’Avignon, fondé en 1947 par Jean Vilar.
Rendre les grandes œuvres accessibles sans les simplifier
Pour Vilar, le théâtre populaire ne signifie ni théâtre facile ni divertissement au rabais. Il repose sur l’idée que des textes ambitieux peuvent toucher un public large, à condition d’être portés par une mise en scène lisible, une troupe engagée et des conditions de rencontre moins intimidantes. Le festival devient ainsi un espace de relation directe entre les œuvres et les spectateurs.
Cette vision trouve un prolongement important avec le Théâtre national populaire, que Jean Vilar dirige à partir de 1951. Avignon et le TNP partagent alors une même volonté : présenter de grandes pièces, faire circuler les artistes et élargir l’accès au spectacle vivant au-delà des publics habituels.
Une scène à ciel ouvert qui oblige à repenser le jeu
La Cour d’honneur découpe la scène dans la pierre, isole les silhouettes sous la lumière et impose des lignes de jeu plus nettes. Dans un théâtre à ciel ouvert, les acteurs ne peuvent pas compter sur l’intimité d’une salle ni sur le seul réalisme des décors. La voix doit traverser l’espace, les déplacements doivent composer avec les arcades et les silences doivent résister au vent ou aux bruits de la ville.
Ces contraintes matérielles expliquent pourquoi Avignon favorise très tôt des mises en scène à l’ampleur visuelle et à la diction affirmée. Le lieu ne sert pas uniquement de décor. Il influence directement le travail des acteurs, la circulation du regard et la manière dont le public reçoit le spectacle.
Les trois pièces fondatrices et le premier public
La programmation de 1947 comprend trois créations : La Tragédie du roi Richard II de William Shakespeare, La Terrasse de midi de Maurice Clavel et L’Histoire de Tobie et de Sara de Paul Claudel. Jean Vilar assure la mise en scène de ce programme, qui associe un classique du répertoire universel, une œuvre contemporaine et un texte inspiré par la tradition biblique.
| Repère | Première Semaine d’art dramatique |
|---|---|
| Période | Du 4 au 10 septembre 1947 |
| Initiateur artistique | Jean Vilar |
| Œuvres présentées | Trois créations |
| Lieux | Cour d’honneur, théâtre municipal, verger d’Urbain V |
| Bilan public | 4 800 spectateurs, dont 2 900 payants |
Ces chiffres doivent être replacés à l’échelle d’une première tentative, sans comparaison avec le festival devenu international. Ils montrent toutefois que l’initiative trouve son public. Les 4 800 spectateurs, dont 2 900 payants, offrent au projet une base suffisamment solide pour être poursuivi.
Des débuts modestes à une institution culturelle majeure
Le succès de 1947 ne transforme pas immédiatement Avignon en grande manifestation culturelle. Le festival se construit par étapes, en consolidant sa programmation, ses équipes et son public. Son identité reste longtemps étroitement liée à Jean Vilar, qui en assure la direction jusqu’en 1971.
Quand la Semaine devient le Festival d’Avignon
À partir de 1954, l’appellation Festival d’Avignon s’impose. Le changement de nom traduit l’installation de l’événement dans la durée. Il ne s’agit plus d’une expérience isolée, mais d’un rendez-vous identifié dans la vie théâtrale. La Cour d’honneur demeure son emblème, tandis que les spectacles et les lieux se multiplient progressivement.
Au fil des années 1960, le festival s’ouvre à d’autres disciplines : danse, cinéma, théâtre musical et formes scéniques moins conventionnelles. Cette évolution prolonge l’intuition de 1947 en l’élargissant. Avignon devient un lieu de création, de débat et de confrontation avec les formes artistiques de son temps.
Comprendre la différence entre le In et le Off à l’origine
Le Festival d’Avignon actuel est souvent associé à la coexistence du In et du Off. Cette distinction n’existe pas lors de la première Semaine d’art dramatique. En 1947, une seule programmation est conçue et dirigée par Jean Vilar, autour d’un nombre limité de spectacles et de lieux.
Le Off apparaît en parallèle dans les années 1960, à partir de 1966. Il désigne des compagnies qui présentent leurs spectacles en marge de la programmation officielle. Le In correspond à la programmation artistique du Festival d’Avignon, organisée autour d’une direction et de choix éditoriaux précis. Le Off fonctionne selon une logique plus ouverte, avec de nombreux lieux et compagnies.
- En 1947 : une programmation unique, trois pièces et trois lieux.
- Le In : le festival officiel, héritier direct du projet porté par Jean Vilar.
- Le Off : un ensemble indépendant de spectacles apparu plus tard, parallèlement au festival officiel.
Comprendre les débuts du Festival d’Avignon, c’est revenir à une idée simple : avant de devenir une ville tournée vers le spectacle en juillet, Avignon a été le terrain d’une expérience théâtrale concentrée, née en 1947 autour d’une cour, de trois œuvres et d’une ambition de culture partagée.




